DIRECTEUR GENERAL DES SERVICES de MAIRIE : Une vaste plaisanterie !

Publié le par dgsmairiemetierarisque

Article paru dans La GAZETTE en Mars 2008....

Emplois fonctionnels Entre attractivité et précarité

 

Signe d'un parcours réussi pour certains, la fonctionnalité ne fait pas l'unanimité. L'abaissement récent des seuils ouvre des perspectives.

La loi relative à la fonction publique territoriale (FPT) du 19 février 2007 et son décret d'application (n° 2007-1828) redistribuent les cartes des emplois fonctionnels (lire le tableau). jusqu'à 2 500 « joueurs » potentiels pour les communes - directeur général des services (DGS) et directeur des services techniques (DST) -, auxquelles s'ajoutent désormais les intercommunalités (EPCI) et les centres communaux et intercommunaux d'action sociale (CIAS et CCAS).
Dès l'élaboration de son statut, la FPT a spécifié les emplois que leur proximité à l'élu différencie des autres. L'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 a ainsi introduit les postes fonctionnels, régis par des dispositions particulières et circonscrits aux emplois de direction générale des collectivités d'une certaine dimension.
« Mais si la fonctionnalité signe la reconnaissance d'un lien de confiance direct entre l'autorité locale et son collaborateur, elle reconnaît aussi à ce dernier une dimension stratégique et organisationnelle ainsi qu'une fonction d'autorité », analyse Joël Boscher, DGS de ­Rennes métropole (37 communes, 400 000 hab., Ille-et-Vilaine). Résultat : au fil des décennies et de la montée en puissance des pouvoirs locaux, les seuils de détachement n'ont cessé d'être abaissés.
Pour ou contre. « C'est une formidable ouverture, en fin de carrière comme pour des jeunes », s'enthousiasme le président de l'Asso­ciation des techniciens supérieurs terri­toriaux de France, ­Dominique ­Michel. Idem du côté des CCAS où « le métier de directeur d'établissement est enfin reconnu, et des passe­relles lancées entre ces postes et ceux des collectivités », se félicite le président de l'Association nationale des cadres communaux de l'action ­sociale, Denis Guihomat. La même flamme anime le Syndicat national des secrétaires de mairie comme le Syndicat national des secrétaires généraux et directeurs ­généraux des collectivités territoriales, qui savourent la revalorisation du métier (lire l'entretien p. 64).
Mais, à la présidence de l'Association des directeurs généraux des communautés de France, Jean ­Laversanne semble dubitatif : « Si l'abaissement des seuils impulse un mouvement qualitatif en direction des EPCI de plus de 10 000 habitants, quid des autres, impuissants à séduire le DG d'une commune de plus de 2 000 habitants ? Sans compter que la reconnaissance tient davantage d'une reconsidération salariale que de primes dont le montant dépend de l'exécutif », argue le dirigeant de la communauté d'agglo­mération Seine-Eure (29 communes, 60 400 hab., Eure), avant de conclure : « Valorise-t-on un emploi en le rendant précaire ? »
Le mot est lâché. « L'emploi fonctionnel se définit aussi par sa précarité puisque, fondé sur la confiance, il porte en lui les germes de la rupture », avertit Tai Nguyen Duc, vice-président du Syndicat national des cadres territoriaux. Du coup, « l'abaissement des seuils apporte aux petites collectivités les problèmes des plus grandes, sans les moyens de celles-ci pour les traiter », s'insurge Jean-François Crost, de la même organisation.
Avantages (in)certains. D'ailleurs, « à quelques mois des élections, peu de collègues ont fait le choix de passer sur ce type d'emploi », pointe ­Raphaël Guy, de ­Villedieu-sur-Indre (2 500 hab., ­Indre), lequel reconnaît cependant que fonctionnalité ou pas, le siège de DG demeure éjectable. Et à ­Guégon (2 400 hab., Morbihan), Franck ­Peigné préfère, lui aussi, reporter sa décision à l'après-scrutin, même s'il la pressent déjà, « essentiellement pour acter la relation particulière qui m'unit au maire. Je vis cette avancée comme une modernisation de mon poste et la reconnaissance de mon travail », explique-t-il. Non sans omettre de souligner aussi « l'attrait des avantages » induits !
En fonction des sujétions particulières et du niveau de responsabilités exercées, se lient à l'emploi fonctionnel nouvel échelonnement (une seconde carrière se déroule parallèlement à la première) et bonification indiciaires, régime indemnitaire spécifique, logement et/ou véhicule de fonction, frais de représentation, etc. Mais il règne en ce domaine la plus grande des inégalités. « Il ne faut pas rêver, soupire Raphaël Guy, quelles petites communes pourront offrir primes et véhicule à leurs dirigeants ? Du coup, à responsabilités et risques équivalents, les avantages différeront largement d'une collectivité à l'autre. » Ensuite, la marche paraît bien haute lorsqu'il faut la redescendre. Ainsi de cet ancien DG d'une collectivité de 20 000 habitants, déplacé de service en service depuis plus de dix ans, dont la situation s'associe d'une perte sèche de quelque 1 500 euros mensuels et du retrait du logement !
Etat d'esprit. Alors, pourquoi un emploi fonctionnel ? « Pour l'adhésion à un projet, prouver sa détermination et s'affirmer », rétorque Tai Nguyen Duc. Secrétaire général de Saint-Lupicin (2 200 hab. Jura), Guillaume Senn est convaincu qu'il puiserait dans ce lien de confiance, affirmé par la délégation de signature, « une énergie renouvelée, l'envie accrue de faire montre de performances ». Et à Beauvoisin (3 400 hab., Gard), Elisabeth Félix, récemment « fonctionnalisée », assure que « le travail n'a pas changé sur le fond, mais [qu'elle se sent] plus investie, plus impliquée, plus considérée aussi ». Cependant, c'est l'essence même du poste, « sa proximité avec l'élu et sa formidable transversalité », que préfère évoquer Marie-Claude ­Sivagnanam-Fischer, DGA à la communauté d'agglomération Arc de Seine (5 communes, 160 800 hab., Hauts-de-Seine). « Les emplois fonctionnels constituent un engagement auprès des élus, une promesse à leur endroit de conseil et d'organisation, et un véritable partage de la gouvernance », estime ­Corinne de Filippis, DGST de Vaulx-en-Velin (39 200 hab., Rhône).
Bref, une ambiance et un état d'esprit plus encore que des compétences, au point que certains n'imaginent même pas leur carrière hors ces fonctions. « C'est une question d'appétit : l'attrait de la diversité des missions, la curiosité d'aller sans cesse à la rencontre des territoires et de leurs acteurs », résume Joël Boscher.
Mais un poste fonctionnel, « cela booste aussi un plan de carrière et pose un CV », développe Brigitte Dimon. L'adjointe au DRH de l'Essonne lit dans une telle expérience « la preuve de capacités certaines, en stratégie globale comme en organisation ». « Un poste de direction générale représente aujourd'hui le tremplin idéal d'un jeune attaché ambitieux, presque un passage obligé », assure ­Elisabeth Félix, tandis qu'à l'autre bout de la pyramide des âges, ces postes se font bâtons de maréchal. C'est indubitable, « la fonctionnalité s'inscrit dans une logique de carrière », synthétise Philippe Laporte. « Sans aller trop vite, je n'exclus pas de prendre, le moment venu, un poste de DGA - plus stratégique -, puis, selon les opportunités, un poste de DG », reconnaît même l'actuel directeur des personnes âgées et personnes handicapées des Pyrénées-Orientales.
Tronçon de parcours. Pourtant, la fonctionnalité n'est pas la panacée. Ainsi, « existe-t-il, d'une collectivité à l'autre, des directions aux responsabilités bien plus lourdes et au champ bien plus large que certains emplois fonctionnels, soutient ­François Corbier, DGA à Saint-Etienne (183 400 hab., Loire). Tout dépend si l'on souhaite s'imposer comme un expert de haut ­niveau ou un généraliste de la négociation et du management ». « Les emplois fonctionnels sont les plus élevés de la FPT mais ils ne sont pas pour autant systématiquement les plus intéressants, renchérit Mireille Mantôt, à la tête du CCAS d'Aix-en-Provence. Dans mon parcours, découvrir l'univers des services départementaux d'incendie et de secours, ou le champ de l'action sociale, a aussi primé. » En clair, « on choisit un poste plus qu'une fonction », formule Raphaël Guy, et seule l'opportunité fait la fonctionnalité !
« Viendra sans doute un moment où je désirerai ne plus être sous tension permanente », confie Béatrice Van Oost, médecin territorial DGS à Marly-le-Roi (17 000 hab., Yvelines). « De fort belles carrières ancrées sur des postes à responsabilités frôlent la sphère politique sans être fonctionnels, conclut le directeur de l'économie au conseil général de Côte-d'Or, Denys ­Lamarzelle (*). Ces postes inscrivent une carrière dans le temps et sur un territoire, sans injurier un éventuel repositionnement ultérieur. » 

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Publié dans Statut Général

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